Rosalie DIARRA, Coordonnateur adjoint : « Il faut une bonne dose d’éthique pour réguler l’environnement des affaires ».

Coordonnateur adjoint des programmes Master Éthique et Gouvernance du Centre de recherche et d’action pour la paix – CERAP, Madame Rosalie DIARRA partage ses expériences et avis pour la lucarne « Femmes Décideurs ».

  1. Quel est votre parcours, comment êtes-vous arrivée à ce poste ?

Juriste de formation, j’ai une maîtrise en droit privé, option carrière judiciaire et un DESS en Droits de l’homme. Je prépare une thèse de doctorat en cyberdroit. Mes recherches portent sur la Cybercriminalité en Afrique de l’Ouest. En 2009, j’ai été recrutée après ma formation, au Centre de recherche et d’action pour la paix – CERAP – en tant qu’assistante des formations.


Par la suite, la gestion de la filière des Droits de l’Homme m’a été confiée. Je suis alors devenue la Responsable du programme Droits Humains. Récemment, des restructurations ont eu lieu dans la maison et je suis désormais le Coordonnateur adjoint de l’ensemble des filières du Master (5 filières en plus du programme Master 1).

2. Quelles sont les compétences professionnelles et les qualités qu’il faut avoir pour pratiquer ce métier ? Y a-t-il une voie royale ? (Formation) – Perspectives d’évolution?

Pour pratiquer ce métier, il faut avoir les compétences intellectuelles, c’est-à-dire qu’il faudrait être bien formé. Dans ce métier personne ne vous écoute lorsque vous avez la tête vide. Il est vrai que c’est de la coordination que nous faisons, mais il faut avoir de la compétence pour assurer la gestion des personnes que nous recevons.


En termes de qualité, il faut beaucoup d’ouverture et être disposée à écouter les autres, surtout qu’on reçoit plusieurs personnes de différents horizons et de formations diverses. Dans le métier qu’on exerce, il faut un peu de fermeté car tout cela contribue à la qualité du travail.


En termes de perspective, je peux basculer du métier de coordonnatrice à une autre fonction . Je peux toujours évoluer dans un domaine typique aux Droits Humains car j’en ai les compétences et je forme déjà dans ce domaine. Je peux également basculer vers un emploi qui s’intéresse aux questions de la cybercriminalité car j’en ai aussi les compétences et j’anime déjà des séminaires et je fais des recherches sur sur cette thématique.

3. En quoi consiste votre métier aujourd’hui ? (description des missions)

C’est la coordination de filière tout simplement. Je fais la coordination et surtout la gestion des hommes et des femmes, à savoir, les étudiants, les professionnels et les intervenants.

4. Quelle est la situation dans l’exercice de vos fonctions actuelles qui vous a marqué ?

Ce qui m’a beaucoup marquée, c’est l’attitude de certains hommes et femmes qui sont en situation de formation. Dans l’exercice de nos fonctions, il nous arrive de voir des personnes qui occupent aussi des postes de responsabilité adopter des comportements désagréables. C’est-à-dire concrètement, que certains n’aiment pas respecter l’ordre en vigueur dans une institution ou un lieu donné et cela n’est pas responsable.

5. Selon vous, quels dispositifs institutionnels ou organisationnels nos Gouvernants seraient bien inspirés de mettre en place et/ou de favoriser pour faciliter le lien entre vie privée et carrière professionnelle des Femmes décideurs en Côte d’Ivoire? (exemple du temps partagé, travail à mi-temps, travail à la maison, crèches d’entreprises,…)

Les femmes doivent d’abord trouver une formule pour concilier vie familiale et professionnelle. L’Etat doit adopter davantage de lois et surtout mettre en œuvre les lois qui existent déjà. l’Etat doit surtout créer un cadre normatif qui corresponde aux besoins des femmes. On peut concilier vie privée et carrière professionnelle.


Je pense que le travail à mi-temps par exemple, serait un frein au recrutement des femmes. Ce qu’il y a lieu de développer, c’est la formule des crèches car quoiqu’on fasse, l’on doit toujours garder à l’esprit que la quasi-totalité des recruteurs ont toujours évolué dans des sociétés qui ont une image stéréotypée des femmes. J’ai déjà entendu un recruteur dire qu’il n’embauchait ni une femme enceinte ni une femme qui n’a pas d’enfants. Il a osé dire haut ce que d’autres pensent et exécutent clandestinement. Le travail à mi-temps serait un sacrilège pour ces chefs d’entreprises et jouerait en défaveur du recrutement des femmes ou de leur promotion à des postes de responsabilités.


Il revient aux femmes de se battre. L’Etat peut voter plusieurs lois et créer des cadres institutionnels mais sans la détermination des femmes, rien n’aboutira.

6. Dans l’exercice de votre fonction, estimez-vous subir des inégalités liées au genre ? Des exemples ?

Je préfère qu’on parle en termes de discrimination. Très honnêtement, je n’ai pas encore été victime de cette situation ici au CERAP. Notre directeur nous traite tous (homme comme femme) de la même façon.

7. Que pensez-vous de la représentativité des femmes en comité de direction?

Les femmes sont sous représentées dans le comité de direction du CERAP. Seulement quelques femmes si ma mémoire est bonne. Je ne sais pas combien de personnes compte le comité mais je sais qu’il est dominé en majorité par les hommes.

8. Un conseil à l’endroit des jeunes femmes en Côte d’Ivoire et des Hommes relativement à leur regard sur la femme en Côte d’Ivoire.

Les hommes et les femmes doivent s’apprécier mutuellement. On ne doit pas sous-estimer les femmes. Les femmes doivent d’abord se faire confiance avant d’être appréciées par les autres. Les femmes deviendront aux yeux des autres ce qu’elles pensent d’elles mêmes. Les hommes doivent éviter de sous estimer les femmes et de vouloir les assister éternellement.

9. Un coup de gueule et un coup de cœur à l’endroit de l’environnement des affaires.

Je suis très heureuse de voir que les femmes tentent de s’autonomiser mais force est de constater que c’est dans l’informel. Je pense que l’Etat doit mettre en place des dispositifs pour appuyer économiquement ces femmes. Toutefois, je n’oublie pas que l’Etat fait souvent ces efforts qui peuvent rencontrer des difficultés de succès.


Il faut une bonne dose d’éthique pour réguler l’environnement des affaires. Il faut éviter d’octroyer les marchés par affinités dans le monde des affaires.

Question subsidiaire : Qui aimeriez-vous lire pour la prochaine interview ? Quel est votre modèle ?

Je vous assure que toutes les femmes ministres du président Ouattara me fascinent parce que j’aime les femmes qui travaillent. J’apprécie beaucoup Jacqueline OBLE. C’est mon modèle.

source : carnetdadresses.info

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