Manœuvres, l’art chinois du stratège

Il faut savoir faire du chemin le plus long le plus court, et renverser le désavantage en avantage – Sun Tzu

Rien n’est plus difficile que la manœuvre pour se saisir de l’initiative avant l’affrontement. Les dispositions empruntées par une armée sont aussi variées que celles de la nature. En fonction de l’évolution des circonstances et des mutations, le stratège combine et articule à dessein les forces conventionnelles (zheng) et les irrégulières (ji). L’intelligence du terrain et des intentions des parties impliquées dans le conflit est stratégique. En terre étrangère, les guides locaux sont salutaires.

Le stratège transforme un milieu tortueux en une voie dégagée. Il maîtrise son élan et évite d’entreprendre l’ennemi qui manifeste une humeur et des dispositions belliqueuses, mais il le frappe sans pitié lorsqu’il est indolent. Il fait en sorte d’opposer des troupes fraîches à des soldats épuisés, un ordre au désordre, et ne s’aventure pas à la suite d’une retraite simulée, pas plus qu’il ne se heurte aux meilleures formations de ses opposants.

Il ne campe pas face à un adversaire installé sur l’avantage d’une hauteur. Il ne s’intercale jamais entre une armée qui regagne ses foyers, mais aménage une issue à un ennemi aux abois pour le détruire plus tard lorsque celui-ci se pense hors d’atteinte. Progresser en masse ralentit, mais laisser courir démesurément une avant-garde l’isole dangereusement du gros des forces. S’enfoncer profondément en territoire ennemi sans réduire au fur et à mesure les résistances rencontrées impose d’emporter la décision au plus vite. Le gain d’un avantage non exploité affaiblit plus sûrement qu’il ne renforce.

Lorsqu’elle avance, l’armée est vive comme l’éclair ; en bivouac, aussi impénétrable que la forêt inextricable ; dans l’attaque, redoutable comme le feu ; et stable et assurée comme la montagne dans sa défense. Le stratège n’avance qu’à coup sûr. Il ne s’allie jamais avec ceux dont il ignore les plans et les attentes. Il ne s’aventure pas sur des terrains inconnus qui offrent le leurre d’avantages apparents. Il distingue de vaines agitations avec des mouvements de fond et ne s’intègre jamais dans un orchestre dont il ignore la partition. Lorsque tout bouge dans l’environnement, il reste ferme, mais lorsque tout est paralysé, il fissure cette immobilité par ses initiatives insolites (Ji).

D’après « L’art de la guerre » de Sun Tzu. © Pierre Fayard. Sun Tzu. Stratégie et séduction (Paris, Dunod 2009).

source : pmfayard

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