«L’information pertinente doit être disponible, même si elle est payante»

Conscient de l’impact du paramètre culturel dans le processus de décision, Alioune Guèye et Zakaria Fahim plaident pour la création de cabinets africains d’intelligence économique capables de rivaliser au niveau mondial.

Les Afriques : À quel point l’innovation est-elle importante pour l’Afrique?

Alioune Gueye : Le continent s’engage dans une transformation structurelle de son économie censée la faire passer d’une économie de rente à une économie moderne et dynamique. Ce passage commande une maîtrise d’un minimum de technologies et donc d’innovations pour porter cette transformation. À cet égard, il est important d’ouvrir davantage l’économie africaine aux investisseurs étrangers avec un contenu «technologique» à fort impact, mais aussi de susciter les vocations scientifiques dès l’école en privilégiant les enseignements STEM (Science, Technologie, Ingénierie et Mathématiques) par exemple.

Zakaria Fahim : Il faut aussi rappeler le Basique : c’est que l’innovation n’est pas forcement que technologique. Elle est transverse et est présente dans tous les domaines y compris dans ceux dits traditionnels, où le faire autrement est aussi une innovation.

LA : Les décideurs africains comprennent-ils les enjeux de l’information pour prendre des décisions ?

A.G. : Les dirigeants africains comprennent parfaitement ces enjeux de l’information, mais leur rôle n’est pas de produire cette information utile. Il manque un «chaînon» entre la réalité économique et les décideurs. Ce chaînon manquant, ce sont les pourvoyeurs d’information, les collecteurs, les analystes. Toutes les entreprises n’ont pas la possibilité d’entretenir un département de veille digne de ce nom ; l’information pertinente doit donc être disponible même si elle est payante.

Z.F. : Il est clair que l’asymétrie de l’information crée un avantage compétitif. Nous devons continuer de marteler, qu’avoir l’information, la bonne information avant les autres donne des «ailes» et permet d’offrir des produits ou service différenciés de la concurrence. On est dans une époque du trop d’information, il va falloir éduquer nos décideurs à considérer qu’être informé en amont est un investissement et que cela a un prix.

LA : Les chefs d’entreprises et les hommes politiques africains font-ils confiance aux spécialistes africains pour leurs missions de conseil ?

A.G. : Cette confiance va croissant au fur et à mesure également que les prestataires se spécialisent, améliorent leur branding et proposent des offres de valeur claires et intelligibles. C’est vrai que la prise de conscience par nos dirigeants est le point de départ d’une meilleure structuration de l’offre. Pour y parvenir, il faut de la sensibilisation, du plaidoyer, des publications pédagogiques qui présentent les enjeux et communiquent sur les success-stories africaines.

Z.F. : De plus en plus, beaucoup d’entreprises sont convaincues que les cabinets africains sont légitimes pour apporter le bon conseil quand ils arrivent à justifier qu’ils ont le meilleur des 2 mondes à savoir une connaissance globale et une proximité locale pour intégrer la dimension culturelle et servir au plus juste le client. Le complexe de nos concitoyens est beaucoup moindre qu’il y a quelques années. Il n’y a qu’à voir l’engouement pour beaucoup de pays de participer à la création de la marque Made in Africa.

LA : Les décideurs africains en 2016 savent-ils prendre de bonnes décisions rapidement ?

A.G. : Le temps de décision obéit à beaucoup de paramètres. Sans doute le plus important a trait à la quantité, la pertinence et la qualité de l’information disponible au moment T. Après, je vous concède que le paramètre culturel qui fait que l’on décide plus vite aux Etats Unis qu’au Niger joue également.

Z.F. : L’Afrique, vous le savez aussi bien que moi, que l’Afrique c’est les Afriques. Il y a des cultures différentes, c’est vrai que le lieu commun veut que nous soyons moins réactifs que les européens par exemple. Dans les faits, nous avons des acteurs qui s’adaptent à notre écosystème et souvent sans dans le bon timing par rapport aux besoins du client final.

LA : Qu’avez-vous pensé des premières Assises de l’Intelligence Economique du 3 juin à Casablanca ?

A.G. : C’est une belle initiative qui présente pour la première fois l’écosystème des acteurs de l’intelligence économique sur le Continent. Il reste que cette initiative doit être suivie d’actions, de partenariats féconds pouvant donner naissance à des cabinets africains dignes de ce nom et capables de rivaliser mondialement.

Z.F. : Elle a permis de présenter un projet innovant porté par HUB Africa, le premier Serious Game sur l’intelligence économique au service des PME africaines. En effet, le poumon de nos économies n’a pas mis sur sa liste «To DO» la veille économique comme levier pour sa pérennité d’abord et son développement dans un second temps. Il est temps de passer à l’action et d’apporter des solutions de rupture (aller sur le lien suivant, outil gratuit) http://hubafrica.moschorus.com/MosSrv/aspx/inscStg.aspx?lang=fr qui offrent une veille accessible à nos PME africaines pour qu’elles puissent avoir les mêmes armes que leurs pairs du nord. Nous voulons participer à l’accélération de la transformation de nos souris en gazelles voire des éléphants.

 

Source : Les Afriques

Mots-Clés

Articles que vous pourriez aimer...

Désolés - Les commentaires sont fermés

A propos de Serendipité

Lire plus :
CEPICI: désigné 2è meilleure agence de promotion des investissements

Considérées comme la plus grande manifestation des acteurs intervenants dans...

Fermer