Interview/Daouda Coulibaly, Directeur Général de la SIB

La Société Ivoirienne de Banque, filiale du groupe Attijariwafa bank, est un modèle réussi de coopération entre la Côte d’Ivoire et le Maroc. Avant l’arrivée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, nous avons échangé avec le Directeur Général de la SIB, Daouda Coulibaly. Dans cet entretien, il explique les ambitions de la banque dans le cadre de cette coopération Sud-Sud.

Le Patriote : Les relations diplomatiques entre la Côte d’Ivoire et le Maroc sont au beau fixe. Les entreprises privées du royaume chérifien s’installent de plus en plus sur les bords de la lagune Ebrié. Qu’est-ce qui explique cet attrait pour la Côte d’Ivoire ?

Daouda Coulibaly : La Côte d’Ivoire dispose certes de nombreux atouts économiques susceptibles d’attirer les capitaux étrangers. Mais, la structuration et la concrétisation réelle de courants d’affaires entre le Maroc et notre pays partent de la volonté des deux Chefs d’Etat d’impulser une nouvelle dynamique de développement à la coopération Sud-Sud. Dans ce cadre et afin d’intensifier ces relations, Sa Majesté le Roi a effectué différentes visites en Côte, d’Ivoire et le Président Ouattara s’est rendu au Maroc. Cela a été marqué par la signature de plusieurs accords de coopération impliquant aussi bien les Etats que le secteur privé. Cet attrait pour la Côte d’Ivoire pourrait également s’expliquer par le dynamisme du secteur privé marocain avec l’émergence de grands groupes privés tels que Attijariwafa bank et d’autres, dont l’ambition est de dupliquer en Côte d’Ivoire, un modèle réussi au Maroc.

LP : Actionnaire majoritaire de la SIB (Société Ivoirienne de Banque) avec désormais 75% des parts, Attijarifawafa se présente comme le fleuron des entreprises marocaines présentes en Côte d’Ivoire. Quelles sont les ambitions de ce groupe en Côte d’Ivoire, au moment où le marché bancaire devient de plus en plus concurrentiel ?

DC : Le Groupe Attijariwafa bank, première banque du Maroc et du Maghreb, 1ère en Afrique (hors Afrique du Sud), capitalisé sur l’expérience et le modèle qui a fait son succès au Maroc afin de s’assurer une rentabilité aux meilleurs standards dans les pays d’implantation. Ses ambitions en Côte d’Ivoire demeurent les mêmes depuis 2010, année d’intégration de la Société Ivoirienne de Banque au Groupe en dépit du changement annoncé de la structure du capital. Il s’agit entre autres, de participer à l’effort de bancarisation ; favoriser l’accès au financement des ménages et des entreprises ; notamment les PME qui sont vitales pour nos économies, en étant parmi les trois premiers distributeurs de crédits ; être l’un des premiers collecteurs du pays ; accompagner l’Etat dans cette phase de construction de projets structurants importants. Toutefois, permettez-moi de vous dire que la répartition du capital n’a pas encore changé. L’Etat de Côte d’Ivoire et le Groupe Attijariwafa bank se sont mis d’accord sur les conditions de cession, mais celle-ci est soumise à la validation des régulateurs (Banque Centrale et Commission Bancaire). C’est seulement le Groupe AWB qui participe activement et dans le cadre de la coopération Sud-Sud au financement de l’économie ivoirienne, après leur avis favorable, qu’Attijariwafa passera à 75%. Il convient cependant de noter qu’avec 51%, il est déjà l’actionnaire majoritaire de la SIB.

LP : La compagnie a élargi son portefeuille d’activités en Côte d’Ivoire en faisant une entrée dans le secteur des assurances avec sa filiale WAFA Assurance. Quelles sont les motivations de cette ouverture ?

DC : Le Groupe envisage effectivement de faire son entrée dans le secteur de l’assurance en Côte d’Ivoire, mais d’une façon générale dans la zone CIMA (Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurance). Il a déjà obtenu l’agrément pour le Sénégal et pour le Cameroun. Une demande pour la Côte d’Ivoire va être faite assez rapidement, mais comme la banque, le secteur des assurances est très réglementé. Nous n’avons pas encore l’agrément, permettez-moi donc de ne pas trop m’étendre sur la question.

LP : Attijariwafa bank est aujourd’hui la première banque de la zone CFA. Qu’est-ce qui explique ce résultat et comment cela peut contribuer à l’émergence de la Côte d’Ivoire ?

DC : Le Groupe a mis en œuvre une stratégie payante. Il s’est agi, selon le PDG M. Mohamed El Kettani, de bâtir un Groupe bancaire et financier intégré. Après avoir consolidé ses assises au Maroc et atteint la taille critique sur son marché domestique, ce groupe a pris la décision d’aller rechercher une croissance externe. Sa position de leader est la conséquence d’un plan stratégique dont les leviers d’actions sont la démocratisation de l’accès aux produits bancaires et aux services de base, notamment en direction des classes moyennes, des TPE (Très Petites Entreprises) et des PME. Un modèle qui s’adapte aux pays d’implantation, par conséquent à la Côte d’Ivoire et en faveur des populations de nos pays.

LP : Les tournées du Roi Mohammed VI en Afrique ont, à côté des raisons diplomatiques, de forts relents commerciaux. Que peut apporter la banque dans la vision et  la perspective de la coopération sud-sud ?

DC : Le Groupe AWB participe activement, et dans le cadre de la coopération Sud­-Sud, au financement de l’économie ivoirienne à travers notamment, les 5 premiers accords de coopération signés avec le secteur privé et l’Etat de Côte d’Ivoire lors de la dernière visite de SM Le Roi en Côte d’Ivoire en 2014. Pour mémoire, je citerai notamment la convention concernant la réalisation d’un point de débarquement aménagé dans la localité de Locodjoro. Une levée de fonds globale de 120 milliards de francs CFA par le Groupe AWB pour accompagner le financement de l’économie ivoirienne à travers le Trésor. Je pense aussi aux financements arrangés par la filiale du Groupe, la Banque de Financement et d’Investissement pour le compte des logements sociaux avec la purge des droits coutumiers et des travaux de VRD, de l’électrification du programme autoroutier, etc. Nous allons poursuivre notre engagement aux côtés des autorités, du secteur privé, mais aussi en matière de RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) avec des soutiens à des organisations dans le domaine caritatif.

LP : Le Groupe Attijariwafa bank et Maroc Export ont coorganisé, en début d’année, la 3ème édition du Forum International Afrique Développement. Quel impact a eu ce forum sur les investissements et la coopération économique Sud-Sud ?

DC : Le Forum Afrique Développement s’inscrit dans la promotion du commerce, des investissements et de la coopération Sud-Sud. Cette plateforme a réuni au mois de février dernier, plus de 1700 opérateurs économiques et institutionnels de 18 pays d’Afrique. 4500 rencontres B to B entre décideurs et investisseurs économiques. Il y a eu également la tenue des panels animés par des experts de renom. Le Forum International Afrique Développement a été également l’occasion de présenter les grands projets d’investissement de 7 pays des zones UEMOA et CEMAC (Mali, Cameroun, Bénin, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Gabon et Sénégal) et d’échanger autour des plans de développement économique nationaux de la Côte d’Ivoire, du Gabon et du Sénégal.

La Côte d’Ivoire a été à l’honneur avec une forte délégation conduite par le ministre d’Etat, Secrétaire Général de la Présidence, M. Amadou Gon Coulibaly. Enfin, durant cet événement et à l’instar des deux premières éditions, ont été décernés, les « Trophées de la Coopération Sud-Sud ». Le premier prix a été décerné à la Société de Transformation Industrielle (SN SOTICI), premier fabricant de tube PVC en Côte d’Ivoire. Cette 3ème édition du forum marque donc la volonté du Groupe Attijariwafa bank et de Maroc Export, de contribuer à développer des synergies autour de l’intégration économique africaine, à conjuguer leurs efforts pour la mise en œuvre des plans d’émergence ambitieux conformément au discours fondateur que SM le Roi a tenu à Abidjan en février 2014.

Source : Le Patriote n° 4649 du mardi 2 juin 2015, p.10

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