Dossier/Agro-industrie : Le coton, une industrie à l’état brut 

Grande productrice d’or blanc, l’Afrique de l’Ouest crée peu de valeur localement. Elle exporte une très grande partie de sa fibre, au détriment de la fabrication de fil et de tissu. L’année 2016 aura une nouvelle fois été difficile pour la filière coton. Les pluies tardives ont entraîné une baisse de la production de 15% (tombée à 2,3 millions de tonnes de coton-graine en 2015-2016) en Afrique de l’Ouest. Il aura fallu aussi affronter la concurrence des fibres de polyester, toujours plus compétitives, alors même que les stocks chinois d’or blanc sont pléthoriques … Mais, en dépit d’un cours bas (environ 0,7 dollar la livre), les pays de la zone franc CFA s’en sortent plutôt bien. D’abord grâce à la parité entre euro et dollar, qui leur aura été favorable. En raison de la structuration de la filière ensuite. Un modèle vertical intégré, hérité de la période coloniale française, organisé autour de sociétés d’économie mixte qui vendent le coton à l’exportation et distribuent les engrais. La filière compte un petit nombre d’opérateurs et très peu de concurrence entre les égreneurs. Elle assure des prix garantis aux producteurs avant les semis.
Filatures. En dix ans, la part de l’Afrique de l’Ouest dans la production continentale est ainsi passée de 20% à 67%, dépassant même l’Égypte, dont la part a décru de 45% à 6%. Un bémol toutefois : si la filière exporte beaucoup -les trois quarts de la production ont été envoyés en Asie l’an dernier -, elle transforme trop peu. «Plus on remonte dans la chaîne, moins on trouve de valeur ajoutée», explique le consultant indépendant Gérald Estur, auteur du chapitre consacré au coton africain dans l’édition 2016 du rapport «Cyclope» sur les marchés mondiaux. L’industrie – en dehors des unités d’égrenage – est quasi inexistante, alors que des usines permettraient de transformer la fibre en fil puis en tissu. «Des filatures ont prospéré jusque dans les années 1990, mais elles n’ont pas résisté à la concurrence des importations de textile ni à la disparition des quotas», déplore Gérald Estur. La transformation de la fibre a baissé partout en Afrique, fait-il remarquer, sauf en Éthiopie, pays qui a bénéficié de délocalisations de filiales turques et où l’énergie n’est pas chère. Globalement, avec moins de 5% de tonnes de fibres transformées localement, on est bien loin des objectifs de 35% que s’était assignés l’UEMOA en 2003. «La faute au manque de main-d’œuvre qualifiée, d’énergie, d’infrastructures et d’investissements», souligne Abah Ofon, spécialiste des matières premières agricoles chez Agrimoney. Une partie seulement des produits dérivés sont valorisés sur place : les graines servent à faire de l’huile, les résidus végétaux, de l’énergie et les tourteaux, de la nourriture pour le bétail.
Mixte. Au Burkina Faso (premier producteur du continent avec 250.000 t de fibres de coton), au Mali, ou en Côte d’Ivoire, le coton est vendu à des dizaines de triturateurs locaux à un prix fixé au niveau national. Le marché se compose de petites entreprises sans grands distributeurs. Des huileries modernes cohabitent avec d’autres plus anciennes aux matériels et aux productions de qualité inégale. «La transformation de la graine résiste mieux dans les pays enclavés que dans les pays côtiers, qui subissent la concurrence de l’huile de palme», note Gérald Estur. Alors que la commercialisation s’est libéralisée partout, le modèle ancien d’huileries intégrées aux sociétés d’économie mixte subsiste au Cameroun, «pays où l’on obtient le rendement de coton-graine le plus haut, avec le prix au producteur le plus élevé», remarque Gérald Estur. Mais où seulement 2% de la production est transformée en fil et en tissu. Mali, Bénin, Côte d’Ivoire, Burkina Faso … J.A. est allé à la rencontre des industriels qui réussissent malgré les difficultés de la filière.

 

Source : Jeune Afrique 

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